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Dernièrement en Normandie

BOHIN France : une entreprise de tradition au développement moderne

BOHIN France : une entreprise de tradition au développement moderne

Regards Croisés – Audrey Régnier et Didier Vrac : ouverture et performance.

L’un va sur ses 66 ans, l’autre rayonne à 31 ans. Tous deux ont en commun l’amour d’une entreprise familiale, dernier bastion d’un savoir-faire ancestral. Après 27 ans dans l’entreprise BOHIN, dont 20 comme PDG, Didier Vrac a annoncé sa retraite en fin d’année. Pour reprendre le flambeau, Audrey Régnier, directrice du musée depuis 6 ans, et son mari Fabien. Success story de la dernière usine d’aiguilles à coudre et d’épingles de France, située dans l’Orne.


Benjamin Bohin, entrepreneur de génie

L’histoire commence en 1833 : Benjamin Bohin, 11 ans, fait ses premiers pas dans l’entreprise familiale, dédiée à la fabrication de boîtes en bois. Après plusieurs fugues pour convaincre son père, il reprend les rênes de l’atelier à seulement 17 ans. Rachats d’épingliers et d’aiguilliers du territoire, dépôts de brevets, mécanisation, production en série… de fil en aiguille, le jeune entrepreneur, visionnaire et humain, triple la production.

Un homme qui avait les pieds sur terre et la tête dans les étoiles

"Il était têtu et créatif à la fois. Et en avance sur son temps : c’est grâce à lui et plusieurs industriels de la région que le chemin de fer est arrivé jusqu’à L’Aigle" soutient Didier Vrac. En 1877, Benjamin se retire dans son usine de L’Aigle, baptisée Bohinville, pour se consacrer à l’écriture et aux voyages. Quant à sa manufacture - qui va jusqu’à employer près de 600 personnes à la veille de la Première Guerre -, elle poursuit son développement sur le chemin de l’innovation sous la brillante direction de son fils unique, Paul. S’ensuivent quatre générations de dirigeants, dont le siège social déménage à plusieurs reprises : Saint-Sulpice-sur-Risle, L’Aigle, Paris et Issy-les-Moulineaux.

Il faut sauver Bohin

C’est là-bas qu’en 1997, Didier Vrac, architecte de formation et directeur commercial de BOHIN au siège social depuis plusieurs années, apprend que l’entreprise est en faillite. Pour éviter la disparition de ce patrimoine industriel, il ferme le siège social parisien et s’installe près de la production, à Saint-Sulpice-sur-Risle. La rencontre avec les salariés talentueux achève de convaincre le tout nouveau dirigeant. "Je ne voulais même pas le poste ! Mais je n’avais rien à perdre, c’était PDG ou chômeur. Je me suis battu pour relever l’usine, qui était au plus mal." BOHIN France est née. Remise en état, nouvelle organisation, cohésion salariale, ouverture à l’export … Didier Vrac redonne vie et couleurs à l’usine. "Cela a marché tout de suite : la profession était heureuse que BOHIN et son savoir-faire perdurent. Ils m’ont porté" souligne modestement le chef d’entreprise. Le 1er mai 2000, un reportage sur TF1 donne une nouvelle orientation : l’usine située dans la campagne ornaise conquiert les foyers.

« Le lendemain de la diffusion, nous avons été submergés d’appels, les gens voulaient visiter ! »

Visites improvisées, début de boutique… très vite, pour répondre à la demande, Didier Vrac imagine l’ouverture au public. Il rencontre Audrey Régnier, Normande dans l’âme et femme passionnée. Après un IUT gestion des administrations et des entreprises à Caen – où elle rencontre Fabien, son futur mari – et un Master 2 en communication évènementielle et tourisme d’affaires, la jeune femme s’enthousiasme pour le projet. Mais le montage financier prend du temps. En Bretagne, où elle a suivi Fabien, Audrey patiente. "Entre notre rencontre et ma prise de poste, il s’est passé près d’un an et demi. Mais j’attendais, j’y croyais. Mon mari était d’accord pour me suivre si j’avais la chance de travailler pour le musée" précise Audrey, sourire aux lèvres. "Elle était dans les starting blocks, elle attendait. Elle m’attendait !" confirme Didier Vrac avec bonne humeur.

Le musée de La Manufacture Bohin en mars 2014

Made in Normandy

En septembre 2011, Audrey prend en charge l’organisation de la future « Manufacture Bohin », travaillant sans relâche aux contenus et à son organisation. En mars 2014, c’est l’ouverture. Le public découvre - sur des machines datant parfois du 19ème siècle ! – la fabrication des aiguilles à coudre, épingles de sûreté à boules et autres épingles à tête de verre de Murano. Une production atypique organisée sur deux niveaux, enrichie d’un musée et d’expositions temporaires. Ici, les 40 salariés travaillent sous l’égide de Benjamin, le créateur de génie, toujours présent dans les cœurs et les esprits. Ici, tous s’investissent fièrement pour faire rayonner le savoir-faire normand.

Aux Etats-Unis, la Normandie est un sésame 

Un savoir-faire qui s’exporte dans plus de 33 pays du monde, notamment aux Etats-Unis où le talent de BOHIN est reconnu. "Lorsque je cherchais des distributeurs, quand j’ai dit que nous étions de Normandie, on m’a accueilli les bras ouverts. C’est un véritable sésame" affirme Didier Vrac. Avec près de 4500 références à son catalogue, l’entreprise est positionnée sur deux secteurs majeurs : les outils de la confection et des loisirs textiles ainsi que les attaches pour la papeterie. 20 % de son chiffre d’affaires sont réalisés grâce à l’export.

Audrey Régnier a succédé à Didier Vrac en janvier 2018

Une passation idéale

Depuis le 2 janvier, Audrey Régnier et son époux, sont donc les nouveaux responsables dirigeants de BOHIN France. Une transmission saluée par les salariés – quoique surpris – à la rentrée. "Quand nous leur avons annoncé la nouvelle, tout le monde a applaudi" confie Didier Vrac. Une « retraite » qui n’en porte que le nom pour l’ancien dirigeant, appelé à transmettre son expérience – la création d’un partenariat inédit public-privé, la muséographie industrielle – au service d’autres entreprises de France. Et quand respect rime avec complicité, la passation est idéale. « Cela fait 6 ans que l’on se connaît, on a toujours travaillé avec beaucoup de respect mutuel pour nos responsabilités, dans la confiance, et cela continue comme ça » confirme Audrey. Leur passion commune pour Benjamin, fondateur précurseur et ouvert sur le monde, permet à BOHIN d’envisager un avenir serein.

« Avec Fabien, nous en rêvions depuis longtemps »

Les nouveaux dirigeants jonglent avec succès entre leur vie de famille (ils ont trois petits garçons) et ce nouveau destin. Fabien, ancien directeur de banque, est notamment en charge des ressources humaines, de l’organisation et de la gestion de production. Audrey, toujours en charge du musée, se consacre à la stratégie et au développement de l’entreprise. "Nous en rêvions depuis longtemps. Pendant nos études, on s’était toujours dit qu’on souhaitait travailler pour une entreprise normande, familiale, avec une histoire, un savoir-faire de qualité…comme BOHIN !" souligne Audrey. Un duo complémentaire qui a déjà des projets en tête : "Nous souhaitons développer l’image, l’attachement à la marque, et augmenter la productivité : le made in France et plus particulièrement le made in Normandy a beaucoup d’importance pour nous. Notre 3ème axe sera le développement à l’international, notamment aux Etats-Unis, un partenaire historique."


EN BREF :

  • BOHIN France, c’est le dernier fabricant d’épingles et d’aiguilles de France. Avec près de 4500 références à son catalogue, l’entreprise est positionnée sur deux secteurs majeurs : les outils de la confection et des loisirs textiles ainsi que les attaches pour la papeterie.
  • 20 % de son chiffre d’affaires sont réalisés grâce à l’export.
  • 9 000 m2 : C’est la surface totale des ateliers de production à Saint-Sulpice-sur-Risle, dans l’Orne, dont 2500 m² sont consacrés à la visite, au musée et aux expositions temporaires, à travers La Manufacture.
  • 27 : C’est le nombre d’étapes de fabrication d’une aiguille, en deux mois, avant de la retrouver en magasin.
  • 185 : C’est le nombre d’années d’activité de l’entreprise, fondée par Benjamin Bohin. Six générations de dirigeants qui font de la dernière usine d’aiguilles et d’épingles de France, un patrimoine industriel exceptionnel.
  • 30 000 : C’est l’objectif, en termes de visites, attendu par La Manufacture Bohin dans les années à venir.


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