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Dernièrement en Normandie

Prix des Correspondants de guerre : « Les meilleurs au monde viennent à Bayeux »

Prix des Correspondants de guerre : « Les meilleurs au monde viennent à Bayeux »

Budapest, Hongrie, septembre 2018 © Marie Céhère

A l’occasion du Prix Bayeux Calvados Normandie des Correspondants de guerre (du 8 au 14 octobre), rencontre avec Bernard Lebrun, grand reporter et ancien chef du service de politique internationale de France 2.

Quel rapport entretenez-vous avec la Normandie ?

C’est ma terre natale ! Je suis né dans la petite ville de May-sur-Orne, à côté de Caen. Si j’ai grandi en Bretagne, j’ai fait toute ma scolarité à Lisieux, à l’Institut Frémont. Ensuite, je suis parti à l’Université de Caen pour un DUT de GEA – Gestion des Entreprises et des Administrations – puis j’ai fait mon service militaire à Rouen, avant d’être muté au Caire, à l’ambassade de France pour ma coopération. Au retour, je suis devenu maître auxiliaire en Normandie. J’enseignais l’histoire et la géographie dans les collèges d’Orbec, de Ouistreham, de Potigny. Je me suis dirigé ensuite vers l’histoire, jusqu’à la maîtrise, à Caen, puis vers le journalisme, en faisant l’Institut français de presse pendant deux ans à Paris II Assas. Pendant mes études, j’ai travaillé comme correspondant pour Ouest-France sur le campus de l’université de Caen, avant de consacrer ma thèse à Ouest-Eclair, son ancêtre. Après plusieurs expériences, je suis rentré le 24 décembre 1989 à Antenne 2 et en suis sorti le 1er juillet 2016 pour ma retraite. Par ailleurs, lorsque j’étais à Ouest-France à Caen, j’étais déjà correspondant régional pour le journal Le Monde. A chaque fois, j’ai couvert sous des angles différents les anniversaires du Débarquement. A la fin de ma carrière, j’étais chef du service de politique étrangère de France 2, mais quand il y avait ce type d’évènements, j’arrêtais tout dans mon travail et je me consacrais totalement à la commémoration de ces évènements. Quand on naît en Normandie, on a cette terre sous les pieds, on la garde toute sa vie !

Budapest, Hongrie, septembre 2018 © Marie Céhère

Quel lien avez-vous avec le Prix Bayeux Calvados ?

J’ai fait une carrière de grand reporter classique : je me suis retrouvé en Bosnie, j’ai fait la guerre du Golfe, le Printemps arabe… j’ai passé énormément de temps dans les conflits avant de me retrouver à Bayeux, proche des fondateurs du Prix, Pierre Schoendoerffer et Danielle Bréda-Louis. C’est d’ailleurs elle qui a eu l’idée formidable de créer un festival des correspondants de guerre. Je suis par ailleurs historien de l’image et de la photographie et du photojournalisme en particulier. J’ai écrit avec un confrère du journal Le Monde, la seule biographie française consacrée à Robert Capa, photographe hongrois et correspondant de guerre, qui a dormi à l’hôtel Le Lion d’Or de Bayeux, et a débarqué à Omaha Beach. J’ai été sélectionné trois fois au Prix Bayeux, j’ai été 2ème une fois, et j’ai eu la chance d’être juré. Quand je vois les noms des lauréats gravés sur l’escalier de l’hôtel du Doyen, je me dis que ce sont tous de grands, de vrais et de très bons confrères et consœurs journalistes. Le Prix Bayeux ne s’est jamais trompé. C’est une vraie vitrine : à l’autre bout du monde, tout le monde connaît Bayeux et la Normandie. Si ce Prix n’existait pas, il faudrait se dépêcher de l’inventer ! 

En quoi Bayeux et plus généralement la Normandie sont légitimes dans l’organisation d’un tel Prix ?

Danielle Bréda-Louis est allée voir le maire de Bayeux avec plusieurs arguments. Notamment celui de la Tapisserie, qui peut être considérée comme l’un des premiers récits de bataille. Cela avait un sens. Mais Bayeux est également la ville du premier journal de la France libérée avec la Renaissance Le Bessin, voulu par le Préfet de De Gaulle, installé à Bayeux. Il y a également la proximité des plages du Débarquement, le quartier général britannique de Mountbatten qui se trouve à Creully, l’hôtel de Bayeux Le Lion d’Or, qui a vu passer Hemingway, Capa et tant d’autres… La Normandie est une terre de liberté, une terre de Débarquement. La libération de l’Europe, elle a commencé ici, sur nos plages, en Normandie. Il y a également une autre liberté fondamentale, celle de la liberté de la presse et d’expression, Danielle Bréda-Louis voulait donc créer ce Prix pour rendre hommage à ceux qui vont se faire tuer pour nous dire pourquoi la planète déconne, pourquoi il y a des guerres, pourquoi il y a des conflits, pourquoi il y a des morts.

Budapest, Hongrie, septembre 2018 © Marie Céhère

Pourquoi c’est important ?

Un pays qui s’intéresse à la politique étrangère et à ce qui se passe à l’étranger, prouve qu’il a réussi à résoudre ses propres problèmes. C’est un signe de bonne santé, de volonté. Il est normal que les Français aient envie de rencontrer ces grands reporters qui vont chercher l’information et d’avoir l’opportunité de les rencontrer, de voir leur travail, d’échanger avec eux et d’aller plus loin. Il y a une demande d’information. Cela fait 25 ans que cela existe, et grâce aux interventions de professionnels dans les écoles, on voit déjà éclore en Normandie une génération de correspondants de guerre. Nous transmettons notre passion pour ce métier : c’est une affaire de passion, il ne peut pas en être autrement, c’est tellement difficile… Mais aussi tellement magique : on découvre le monde et c’est ce qui est le plus beau : ces rencontres extraordinaires que l’on fait avec les gens de tous les pays, et qui crée ce dialogue entre toutes les sociétés, les nations, les civilisations.

Quel regard, en tant que journaliste, portez-vous sur cet évènement ? 

Je ne peux pas m'empêcher d’y aller. C’est une formidable occasion de se retrouver entre copains de toutes les rédactions du monde. Le Prix a été internationalisé et c’est formidable ! Bayeux a été libéré par les Anglais et pour un journaliste britannique, obtenir le Prix Bayeux, c’est la consécration suprême. Si Don McCullin, sans doute le plus grand photographe de guerre encore en vie aujourd’hui, est venu présider le Prix Bayeux, ce n’est pas par hasard ; si Jérémy Bowen, de la BBC, immense grand reporter, est venu présider l’an dernier, ce n’est pas par hasard et si Christiane Amanpour le préside cette année, ce n’est pas non plus un hasard ! C’est parce que ce Prix est devenu le plus prestigieux des prix de politique étrangère avec cet angle spécifique, qui n’est pas la diplomatie, mais la couverture journalistique des conflits. C’est également un des festivals les courus au monde : le Guardian, Washington Post, le New York Times, le Bild, le Stern… Tous les journalistes concourent au Prix Bayeux. C’est une consécration, à la fois au nom de la liberté de la presse, mais aussi au nom de la reconnaissance de ce travail journalistique de correspondant de guerre, sans doute le plus difficile de la profession.


Retrouvez le programme : http://www.prixbayeux.org/

 


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