Cancérologie : décloisonner les soins


Cancérologie : décloisonner les soins

Aujourd’hui, les chiffres l’attestent, on meurt moins du cancer. Meilleur dépistage, politique de prévention – bouger, mieux manger – plus efficace… Les progrès thérapeutiques de cette dernière décennie, considérables, renforcent également le rôle essentiel de la recherche clinique. Deux grandes thérapies ont ainsi fait leur apparition dans le traitement des cancers : les thérapies ciblées, et l’immunothérapie. Si ces nouvelles thérapies font l’objet d’une prise en charge spécifique, afin qu’elles puissent être proposées au plus près du domicile, certaines autres sont souvent liées à des protocoles de recherche. Favoriser l’accès à ces innovations pour l’ensemble des patients, fluidifier le suivi ou encore renforcer le lien ville/hôpital : zoom sur des missions essentielles en Normandie.

Protocoles de recherche

Ces essais cliniques innovants, OncoNormandie a pour mission de favoriser leur accès sur l’ensemble du territoire. « On peut proposer aux patients une stratégie thérapeutique pour laquelle il y a une Autorisation de mise sur le marché (AMM), mais on peut également, en fonction des caractéristiques du patient et de la tumeur, proposer des stratégies thérapeutiques qui font l’objet de protocoles de recherche, c’est-à-dire avant l’AMM » explique le Docteur Emmanuel Sevin, président d’OncoNormandie. Le frein ? La disparité géographique : plus un patient est éloigné de grandes villes, moins il aura de chance de se voir proposer un essai clinique. « Notre objectif est donc de déployer des moyens humains et des outils pour structurer la recherche clinique sur l’ensemble du territoire, notamment dans la quarantaine d’établissements autorisés en cancérologie par l’Agence Régionale de Santé » souligne Xavier Blaizot, coordonnateur. Pour ce faire, le réseau envoie des attachés de recherche clinique dans certains établissements afin qu’ils aident les médecins à repérer les patients qui pourraient bénéficier d’un essai. « Nous développons aussi des outils, comme un annuaire des essais cliniques, qui répertorie tous les essais de la région ouverts aux inclusions en temps réel dans tous les établissements autorisés. » Autre moyen mis en place par le réseau : la formation des médecins, des attachés de recherche clinique ou des infirmières de recherche dans l’ensemble des villes de la région, pour qu’ils puissent soulager le travail des oncologues et repérer les bons patients pour les bons essais cliniques.

Dès le diagnostic : un dossier numérique

La numérisation des données : un autre des outils pour décloisonner le parcours de soin. Si le dossier médical partagé, lancé au niveau national n’a pas eu le succès escompté, la cancérologie dispose d’un DCC, un dossier communicant en cancérologie. « C’est un dossier numérique qui a pour objectif de compiler les données liées à la pathologie du patient, et surtout de les rendre accessibles en temps réel aux personnes amenées à le prendre en charge pendant et après le traitement » explique Xavier Blaizot. Ces données sont établies dans le cadre de la réunion de concertation pluridisciplinaire, obligatoire depuis le 1er plan cancer, qui réunit oncologues, radiothérapeutes, anatomopathologistes, spécialistes d’organes, chirurgiens… « Ces spécialistes se concertent à partir des symptômes, des résultats d’imagerie, du dosage sanguin, de la biopsie, pour affiner le diagnostic et proposer un plan d’attaque, une stratégie thérapeutique adaptée. » Le dossier numérique du patient permet ensuite aux médecins – traitant, spécialiste, radiologue… -, d’accéder aux données afin de le prendre en charge de manière optimale. « Le DCC est un outil que nous déployons en collaboration avec Normand’e-santé, le bras armé de l’ARS sur la télémédecine. » Seul regret : « Il est au tout début de son déploiement : toutes les données n’y sont pas présentes, comme les comptes-rendus d’imagerie ou opératoires » précise le Docteur Sevin.

Xavier Blaizot, coordonnateur d’OncoNormandie à Caen. Issue de la fusion entre le réseau bas-normand et le réseau haut-normand, l’association, qui sera opérationnelle dès mars 2020, est composée d’usagers et de différentes professions médicales et paramédicales du territoire, engagées dans le champ de la cancérologie.

Des outils pour le suivi

Si certaines avancées thérapeutiques, notamment dans le cadre de l’immunothérapie s’avèrent efficaces, elles peuvent engendrer des effets indésirables importants. Le cloisonnement entre les professionnels s’avère d’autant plus problématique. « Nous travaillons sur le lien ville/hôpital, notamment avec différents outils – carnet de liaison, application mobile – afin d’aider les patients à anticiper et gérer leurs éventuels effets indésirables, notamment dans le cadre des traitements à domicile, comme la chimiothérapie orale.» Afin de permettre un meilleur suivi, le réseau OncoNormandie organise également des formations délocalisées, déclinées sur les bassins de vie par un oncologue, un infirmier et un pharmacien à destination de leurs homologues sur les grandes classes thérapeutiques, les évènements indésirables et les outils régionaux disponibles. Des bonnes pratiques qui se retrouvent plus généralement dans les parcours de soins. S’ils peuvent être « simples » – une chirurgie seule, par exemple – ces derniers comportent bien souvent plusieurs phases de traitements différents. Le réseau diffuse et élabore alors des référentiels de prise en charge : « c’est une sorte d’arbre décisionnel, pour orienter les médecins, en fonction des caractéristiques de leur patient, vers le bon traitement en fonction des moments. » Des outils essentiels pour fluidifier et améliorer la qualité du suivi et du parcours de soins.

Bon à savoir : thérapies ciblées, immunothérapie et hadronthérapie

Aujourd’hui, il est possible de cibler des médicaments en fonction du type de tumeur. C’est ce qu’on appelle des thérapies ciblées. Elles sont possibles après le séquençage du génome des cellules tumorales pour identifier la mutation. Un médicament peut alors être développé pour s’attaquer spécifiquement aux cellules présentant la mutation. Un traitement thérapeutique intéressant mais qui ne doit son efficacité que lorsque la mutation de la tumeur a été identifiée. Autre grande avancée, l’immunothérapie : elle consiste à booster le système immunitaire du patient afin que ses cellules aillent reconnaître et attaquer les cellules du cancer. Grande avancée spécifique de Normandie : l’hadronthérapie (lire ici), qui regroupe la protonthérapie, proposée par Baclesse, ou la carbone thérapie, qui sera effective en 2023. Ces traitements permettent de bombarder de manière très forte et très précise – par rapport à une radiothérapie classique où le bombardement va s’atténuer en traversant les tissus et les endommager – une petite tumeur localisée et non accessible par voie chirurgicale.  

Plan Cancer : Si le troisième plan cancer est en cours d’évaluation, la prochaine décennie verra le nouveau plan mettre l’accent sur trois priorités : la prévention et le dépistage ; s’intéresser aux cancers rares (tumeurs cérébrales, cancer du pancréas, des maladies aux pronostics très sombres à court terme) ; et le parcours de soins, y compris après le cancer, c’est-à-dire l’accompagnement social, professionnel, le retour à l’emploi, l’accès aux crédits, etc.

En cancérologie, le parcours de soins s’appuie sur deux “bibles” : le plan cancer, dans lequel figurent toutes les actions à mener et le PRS, le plan régional de santé, un plan élaboré par l’ARS, tutelle d’OncoNormandie, afin d’adapter en région les prises en charge et les parcours, en s’appuyant sur les structures existantes.