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Dans l’Eure, l’entreprise Marco fait rayonner la chaussure


Dans l’Eure, l’entreprise Marco fait rayonner la chaussure

Fondée en 1750 par la famille Ouin, l’entreprise Marco est la plus ancienne fabrique de chaussures de France.

Située dans l’Eure, à Pont-de-l’Arche, considérée longtemps comme la capitale de la chaussure normande, les Chaussures Marco ont survécu à la liquidation judiciaire en 2010. Grâce à son engagement, Mauricette Le Bras, exépouse de l’ancien dirigeant sauve l’entreprise et décide de garder tous les salariés. Aujourd’hui, c’est sa nièce, Estrella Barrientos qui est à la tête de l’entreprise qui emploie une cinquantaine de salariés et fabrique en moyenne 200 paires par jour, selon la complexité du modèle.

Depuis quelques années, l’entreprise a ouvert sa production en fabriquant les chaussures d’autres marques comme Caroline Macaron (lire ci-dessous) ou les chaussons de luxe Edith et Marcel, conquises par leur savoir-faire.

Rencontre avec Catherine Lebée, fondatrice de la marque Caroline Macaron, qui s’adresse aux pieds féminins souffrant d’Hallux Valgus. Seule marque de France à proposer des chaussures adaptées, Catherine Lebée fait appel sans réserve au plus ancien fabricant de chaussures français, l’entreprise Marco, installée dans l’Eure. Témoignage.

Quelle est la problématique de l’Hallux Valgus ?

La problématique des pieds avec Hallux Valgus, c’est que le pied est normal partout, sauf à l’avant-pied, qui a une largeur particulière avec une forme aplatie. Il fallait donc faire une chaussure hybride avec seulement un avant-pied plus large, fabriquer des semelles spéciales pour nos chaussures, afin d’avoir un appui, et créer des formes adaptées : des moules pour créer les chaussures. Il fallait aussi travailler sur le patronage : comme il y a une bosse, il ne faut pas de coutures, ni que les brides tombent au même endroit. Il y a également des matériaux à l’intérieur : il ne fallait pas les mettre à l’endroit de l’Hallux Valgus en les positionnant différemment que dans une chaussure traditionnelle. Et en dernier lieu, utiliser des supers cuirs.

©Caroline Macaron

Comment est née l’entreprise Caroline Macaron ?

L’idée date un peu. J’étais moi-même concernée par les Hallux Valgus et je n’arrivais plus à me chausser de manière féminine et élégante. Les chausseurs proposaient des chaussures dites larges, mais qui n’étaient adaptées qu’aux pieds « ronds » partout : l’Hallux Valgus débordait toujours de la semelle. Je m’étonnais que personne n’ait pensé à faire des chaussures pour ces pieds un peu déformés. J’ai cherché partout, sur le net, à l’étranger… et je ne trouvais rien. Un jour, j’avais une cinquantaine d’années, j’ai rencontré une jeune fille de 20 ans avec le même problème. Je me suis dit que si cela concernait tous les âges, il y avait quelque chose à faire… j’ai appelé ma fille qui habitait en Angleterre et je lui ai proposé de lancer la marque toutes les deux en France.

Catherine Lebée et sa fille Caroline ©Caroline Macaron

Comment avez-vous fait appel à l’entreprise Marco ?

Pendant toute une année, en 2011, nous avons réfléchi aux modalités de création. Avant de rentrer, ma fille avait suivi un stage en Angleterre pour apprendre à fabriquer une chaussure. Cela nous a permis de comprendre techniquement comment ça fonctionnait et de créer nous-mêmes une paire. Le prototype était horrible, mal fait, mais ça permettait de tester l’idée. Nous avons ensuite cherché un fabricant pour concrétiser l’idée. Je voulais absolument trouver en France : on a des compétences, des savoir-faire et je suis attachée à la qualité de produits créés dans de bonnes conditions. C’était compliqué, nous n’étions rien : on n’avait pas d’expérience, pas de clientèle… nous n’étions que deux femmes avec une idée. Après deux essais peu concluants, nous sommes tombées sur l’entreprise Marco, à Pont-de-l’Arche, dans l’Eure. Cette entreprise existe depuis 1750, c’est la plus vieille de France en fabrication de chaussures, et elle a une très belle histoire… cela collait tellement à notre philosophie qu’on s’est dit qu’il fallait qu’on les rencontre. Deux jours après, nous étions à Pont-de-l’Arche et là, un vrai coup de cœur ! Une énorme envie de travailler ensemble. On a commencé avec eux en 2016, et depuis, ce n’est que du bonheur : ils ont un savoir-faire exceptionnel.

Quelle est la particularité de ce savoir-faire ?

Ce sont de loin les meilleurs, à tous points de vue. Ce sont des gens qui écoutent vraiment. Nos chaussures, elles ressemblent aux autres – c’est d’ailleurs le challenge – mais elles sont adaptées. On obtient ce résultat grâce à des particularités techniques qui sont calibrées au millimètre près. Il faut donc être très méticuleux. Au niveau des finitions, quand ils travaillent, il n’y a rien qui va de travers, c’est extrêmement bien fait. Ils ont également de très bons matériaux, de grande qualité, ce qui est un véritable atout. Enfin, ils respectent les délais. En plus, ils ont un contact très chaleureux, très agréable. Honnêtement, pour moi, ils n’ont que des qualités ! Vous avez un fleuron de l’entreprise de la chaussure, des gens exceptionnels, en Normandie.

©Caroline Macaron

Aujourd’hui, nous sommes les seuls en France à proposer des chaussures de ce type. Quand nous avons démarré, nous étions même les seules sur le plan mondial ! Maintenant, nous faisons des produits de façon à se chausser toute l’année : la moitié de ce que l’on vend, ce sont des escarpins, mais nous proposons aussi des sandales pour l’été, des bottines pour l’hiver… et puis des chaussures plus plates, type mocassins. L’Hallux Valgus concernerait 6 millions de femmes en France, selon une étude australienne. C’est énorme. On sait qu’on peut apporter à Marco un vrai business. A terme, ils pourront embaucher grâce à ce qu’on leur donnera à faire. Et donc de créer de l’emploi en Normandie !