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HAROPA, ensemble portuaire tourné vers l’avenir


HAROPA, ensemble portuaire tourné vers l’avenir

Après les définitions d’usage d’un territoire aux enjeux multiples grâce à l’association Paris Seine Normandie, poursuivons notre carnet de voyage dédié au récit économique de la Seine, avec l’un de ses acteurs essentiels : HAROPA. Alliance des ports du Havre, de Rouen et de Paris, HAROPA, qui poursuit sa progression, est aujourd’hui le 5ème ensemble portuaire nord-européen.

Rencontre avec Antoine Berbain, Directeur général délégué d’HAROPA PORTS.

HAROPA, c’est quoi ?

HAROPA est l’alliance des ports du Havre, de Rouen et de Paris gérés par trois établissements publics de l’Etat (deux grands ports maritimes et un port fluvial). Cette alliance est matérialisée depuis 2012 par un GIE* (Groupement d’Intérêt Economique) en charge de la stratégie, du développement commercial et multimodal et de la communication pour le compte des trois ports. Cela constituait en 2012 une première étape d’intégration, nous partions d’assez loin.

Le travail de rapprochement a porté ses fruits : HAROPA, 5° ensemble portuaire nord-européen, a gagné des parts de marché depuis sa création. Mais il nous reste encore beaucoup à accomplir et nous devons accélérer les transformations ; c’est pourquoi un modèle d’intégration plus poussé est en cours d’élaboration sous l’impulsion de Catherine Rivoallon qui préfigure la constitution d’un établissement public unique à la fois maritime et fluvial au plus tard au 1erjanvier 2021.

Comment s’organise la complémentarité entre les trois ports ?

Nos trois ports sont d’ores et déjà extrêmement complémentaires et ont chacun des spécialités et des domaines d’expertise. Le port du Havre est le seul à pouvoir accueillir les grands porte-conteneurs qui servent aux principaux échanges internationaux de marchandises. Rouen est un port maritime d’estuaire, multi trafics, leadeur européen pour le commerce des céréales. Paris est un port fluvial de distribution qui assure les besoins spécifiques à l’Ile-de-France, premier marché européen. Ces ports ont des atouts qui se conjuguent et que nous allons continuer à développer. En outre, chaque port peut s’appuyer sur les deux autres pour parfaire son offre dans son secteur d’excellence notamment en facilitant les pré et les post acheminements terrestres des marchandises par le fer ou le fleuve.

Antoine Berbain ©HAROPA

Quels sont les trafics majeurs en 2018 ?

Après les records de 2017 et pour la 2e année consécutive, HAROPA affiche en 2018 une croissance globale des trafics de marchandises de +2% à 94,74 millions de tonnes dans le domaine maritime et de + 4,5% à 22,1 millions de tonnes pour le fluvial en Ile-de-France, soutenue principalement cette année par les VRACS SOLIDES. 

HAROPA confirme la progression de sa filière CONTENEURS. Pour la 2e année consécutive, HAROPA, qui génère un trafic de 28,75 Mt, atteint les 3 millions d’EVP* et affiche un nouveau record historique sur le port du Havre pour les flux sur l’hinterland. Les CÉRÉALES enregistrent une part de marché historiquement haute : les volumes traités à l’exportation affichent d’ailleurs l’une des meilleures performances depuis 15 ans.

De même, les trafics liés au BTP (fluviaux et maritimes), la filière ROULIER* et l’activité CROISIÈRE progressent fortement ; cette dernière bat de nouveaux records tant en nombre d’escales qu’en nombre de passagers.

Et l’environnement ?

Le territoire de l’axe Seine recèle un potentiel commercial, touristique, patrimonial et industriel important. Il concentre aussi des enjeux environnementaux majeurs, en particulier dans l’estuaire de la Seine. Ce corridor écologique forme un élément indispensable au bon fonctionnement des écosystèmes européens et en particulier des zones humides réparties de part et d’autre du fleuve. Depuis sa création en 2012, HAROPA veille à concilier les activités portuaires et la préservation de l’environnement.

Nous sommes mobilisés pour le développement du transport multimodal notamment. Il s’agit d’un véritable enjeu économique et écologique. Nous y investissons de plusieurs façons : par les infrastructures et les services. Ainsi, nous avons mis en place au Havre un terminal multimodal qui permet de développer le transport par le fleuve et par le fer, en remplacement de la route. En outre, nous accompagnons les entreprises dans le développement de nouveaux services de transport comme cela a été le cas en 2018 avec Bolloré logistics qui a mis en place une barge fluviale entre Le Havre et le port de Bonneuil-sur-Marne.

Autre récente initiative : notre partenariat avec Voies Navigables de France pour lequel nous avons lancé fin 2018 un service de distribution d’eau et d’électricité le long de la Seine pour les bateaux de commerce avec l’installation de neuf bornes intelligentes.

©HAROPA

Êtes-vous à l’origine de démarches internationales sur ce sujet environnemental ?

En effet, HAROPA a été l’un des partenaires fondateurs de la démarche ESI (Environmental Ship Index) initiée en 2009 par les ports du range nord-européen qui encourage les armateurs à réduire les émissions de polluants atmosphériques de leurs navires. Depuis 2013, HAROPA décerne chaque année des trophées aux compagnies maritimes comptabilisant les plus vertueuses. Et en 2016, nous avons étendu ce trophée à l’ensemble de l’axe Seine en lançant le trophée environnemental de la flotte fluviale.

Quid des nouveaux carburants ?

Nous souhaitons accompagner la transition énergétique par l’utilisation de carburants et d’énergie plus vertueuse pour les moyens de transport transitant dans nos ports. Nous permettons le soutage* des paquebots de croisière maritime au GNL (Gaz Naturel Liquéfié) ; c’est le cas depuis 2016 avec l’avitaillement de l’AIDAprima. Nous électrifions également les quais pour la batellerie fluviale et les haltes, nous installons des stations-services au gaz naturel véhicule (GNV) à Bonneuil et Gennevilliers pour les camions. Nous serons aussi en situation d’accueillir en 2020 au Havre les premiers porte-conteneurs propulsés au gaz naturel liquéfié commandés par CMA CGM. Enfin, nous ambitionnons de développer l’usage des énergies les plus propres possibles autant que faire se peut.

©HAROPA

Quels sont les principaux projets d’investissement en faveur du développement de l’axe Seine ?

Pour la filière conteneurs, le principal investissement est le parachèvement de Port 2000 au Havre avec d’une part un allongement des quais de 700 msupplémentaires dont les travaux doivent débuter à l’été 2019. Et d’autre part, un accès fluvial direct – une « chatière » -, une digue qui doit protéger le passage des barges dans leur accès direct entre Port 2000 et le réseau fluvial intérieur. La prochaine étape de ce projet est la réalisation de son enquête publique préalable à son autorisation.

S’agissant du vrac liquide et solide, nous venons de finaliser l’approfondissement du chenal d’accès aux différents terminaux du port de Rouen. Un chantier colossal qui permet de gagner un mètre de tirant d’eau sur l’ensemble du chenal de navigation de la Seine et qui a mobilisé près de 200 millions d’euros. Nous devons maintenant continuer à investir sur les quais pour achever la démarche et en tirer pleinement le bénéfice.

Pour le secteur du BTP, nous souhaitons créer un nouveau port fluvial, baptisé Paris Seine-Métropole Ouest, à la confluence de la Seine et de l’Oise. Ce site qui s’implante sur une carrière en exploitation, pourra répondre aux besoins du secteur de la construction. L’enquête publique nécessaire à son autorisation doit se dérouler en 2019.

Quelles sont les démarches innovantes portées par HAROPA ?

La principale est le smart port, le port connecté. Les ports sont souvent considérés comme des infrastructures mais les échanges de marchandises qui s’y déroulent sont générateurs de nombreuses données. Nous avons vocation à favoriser les échanges d’informations, l’utilisation de l’Internet des objets ou de la blockchain. La chaîne logistique en termes de données est dématérialisée et connectée aux services des douanes et des capitaineries. Le temps moyen de dédouanement de marchandises est ainsi très compétitif, de l’ordre de quatre minutes. Ce qui permet aussi de limiter les contrôles physiques des douanes grâce à un ciblage préalable.

Le smart est inscrit dans notre ADN. Pour favoriser l’innovation numérique, nous organisons par exemple tous les ans des hackathons. En partenariat avec le tissu numérique local, nous mettons à disposition des données pour favoriser les rencontres entre les acteurs autour de défis numériques. Après Le Havre et Rouen, Gennevilliers accueillait, en novembre dernier, la troisième édition qui avait pour objectif d’imaginer des solutions qui répondent par l’innovation aux enjeux d’aujourd’hui et de demain du premier port fluvial français. L’équipe Cross Road s’y est d’ailleurs vue décerner le Grand Prix HAROPA pour son chatbot, un outil de mise en relation entre entreprises qui recrutent sur le port et demandeurs d’emploi.

©HAROPA

Quels sont les enjeux de HAROPA au cœur de cet axe Seine ?

Compagnies maritimes, opérateurs de terminaux, douanes, transporteurs etc., la multiplicité des intervenants rend la chaîne logistique complexe. Au sein de cet écosystème, HAROPA apparaît comme un espace géographique semblable à un vaste corridor, capable d’interconnecter l’ensemble des acteurs.

L’enjeu est donc de travailler sur le lien entre le port et son territoire. Notre ambition est de nous positionner comme un véritable chef d’orchestre du développement de l’axe Seine afin de créer un nouveau modèle de territoire urbain et industrialo-portuaire intégré par l’innovation. Devenir un « smart corridor » au service de nos clients et du territoire. 

Cette ambition repose sur quatre défis. Fluidifier le passage de la marchandise grâce à des technologies de pointe. Proposer des solutions durables, « green » et innovantes notamment en intégrant des énergies renouvelables, en encourageant l’économie circulaire, en développant le transport multimodal… Devenir un incubateur de l’innovation, fédérant dans les territoires des talents et une communauté issue d’entreprises, d’écoles, d’universités, d’agences de développement, de chercheurs et laboratoires. Développer un « hub territorial » à dimension humaine en tissant des liens avec la ville et ses habitants.

©HAROPA

Qu’est-ce que le projet « Smart Port City » ?

Ce projet, porté par Le Havre Seine Métropole, le port du Havre et d’autres acteurs, est l’un des lauréats de l’appel à manifestation d’intérêt du Programme des investissements d’avenir, appelé « Territoire d’innovation de grande ambition » (PIA 3 TIGA). Entre ville intelligente et port du futur, le projet doit permettre une transformation en profondeur de l’agglomération havraise par l’innovation.

Plusieurs projets sont donc à l’étude. Parmi eux, imaginer la Capitainerie du futur pour faciliter le passage des marchandises tout en assurant un haut niveau de sécurisation des données entre tous les acteurs. Nos partenaires réfléchissent également à installer des capteurs permettant d’améliorer la biosurveillance de la zone portuaire (qualité de l’air, des eaux, des pollutions, etc.). HAROPA planche aussi sur la façon d’utiliser la blockchain pour sécuriser les chaînes d’information entre acteurs impliqués dans le transport de matières dangereuses.

Petit glossaire utile…

GIE : Groupement d’intérêt économique : regroupement d’entreprises préexistantes dont le but est de « faciliter ou de développer l’activité économique de ses membres, d’améliorer ou d’accroître les résultats de cette activité » (alinéa 2 de l’article L. 251-1 du Code de commerce). L’objectif est de faciliter le développement par la mutualisation de ressources, matérielles ou humaines.

EVP : Equivalent Vingt-Pied, la mesure standard des conteneurs

Soutage : Le soutage est le ravitaillement en carburant d’un navire

Roulier : ce navire est adapté au transport de camions, de semi-remorques, de tracteurs, machines agricoles, engins de BTP… il peut aussi convenir pour les conteneurs ou les caisses mobiles.