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Le dernier fabricant de paillettes français s’installe dans l’Orne


Le dernier fabricant de paillettes français s’installe dans l’Orne

Rencontre avec Jean-Baptiste Drachkovitch, co-dirigeant depuis 2010 avec Pascal Bernard de la société Langlois-Martin, dernier fabricant de paillettes de France. L’entreprise, fondée en 1919, quittera la région parisienne cet été pour s’installer dans l’Orne, sur la commune de Saint-Ouen-sur-Iton.

Langlois-Martin, c’est quoi ?

« Nous sommes le dernier fabricant français de paillettes, pour la mode, la broderie et le textile, à destination du prêt-à-porter et de la haute couture. Langlois-Martin a été fondée en 1919, mais notre savoir-faire remonte à 1869 puisque nos techniques et nos plus vieux outils datent de cette époque. Au fur et à mesure des rachats successifs, nous sommes restés les derniers. Depuis 2007, nous sommes labellisés Entreprise du Patrimoine Vivant. »

Qu’est-ce qui fait son originalité, sa force ?

« Au fil des rachats, nous avons pu collecter pratiquement la totalité des outillages anciens, ce qui nous permet d’avoir une collection unique au monde de plus de 5000 formes différentes, plates ou en relief. Ces motifs ayant été utilisés au moins une fois dans une création de haute couture depuis le siècle dernier, tous les modèles font partie des archives des différents brodeurs Français ou internationaux, que nous pouvons produire à la commande. Nous sommes également la dernière maison à proposer des coloris à l’échantillon, c’est-à-dire au plus proche d’un tissu, d’un morceau de papier ou d’un coloris ancien, en petite quantité. »

© SAS D.Thomas

Quel est le profil de votre clientèle ?

« Nous travaillons pour les six principaux brodeurs français, mais également des maisons de broderie étrangères d’Italie, d’Espagne, ou à New-York. Depuis les années 2000, avec l’explosion des ateliers de production à l’étranger, les maisons de prêt-à-porter de luxe s’adressent également à nous pour acheter les matières avant de les distribuer à des brodeurs sous-traitants, souvent à l’étranger. »

Pourquoi ce déménagement ?

« Les locaux à Noisy-le-Sec commencent à être vieillissants et nous n’étions pas propriétaires des murs. Nous avons un projet d’ouverture de musée et quand vous êtes entreprise du patrimoine vivant, avoir un musée dans un bâtiment des années 60, ce n’est pas très glamour ! Nous manquons également de place pour développer certaines activités. Nous nous sommes donc mis en quête d’un bien qui puisse offrir suffisamment d’espace pour notre production et des caractéristiques patrimoniales pour valoriser le savoir-faire de notre métier. »

Votre choix s’est donc porté sur la Normandie ?

« Eh oui ! Nous sommes très contents ! Mon associé a toute sa famille en Normandie. Nous avons des salariés qui sont parisiens d’origine et qui en ont également assez de subir le stress des transports… Nous sommes tombés sous le charme d’un gros manoir du XVIIIème, près de L’Aigle, un lieu qui présente déjà beaucoup d’éléments structurels utilisables. La situation est idéale : L’Aigle n’est qu’à 1h15 de Paris, ce qui est pratique pour nos clients étrangers. »

Quels sont vos projets, une fois installés ?

« Nous avons un projet d’ouverture de musée, à la manière de Bohin. Nous ne pourrons pas tout montrer, mais nous pensons que c’est le moment de communiquer autrement, de valoriser notre savoir-faire sans dévoiler tous nos secrets ! Cela sera générateur d’emplois puisque nous aurons besoin de personnes pour le musée et la boutique. Nous avons également beaucoup de contacts avec des brodeurs étrangers, qui ont tous des écoles et que nous ferons venir sur place pour organiser des conférences, des symposiums sur l’art de la broderie, l’art de la mode… »

© SAS D.Thomas

En Bref :

  • 150 ans de savoir-faire : si la Maison Langlois-Martin a été fondée en 1919, son savoir-faire remonte au début du siècle précédent !
  • millions d’articles proposés par la Manufacture Langlois-Martin, grâce à ses 5000 références déclinables en 1400 couleurs !
  • 1200 m2 d’ateliers de production seront aménagés au domaine du Buat situé sur la commune de Saint-Ouen-sur-Iton, près de L’Aigle.
  • 70 fabricants de paillettes entre 1900 et 1939 en France… 1 seul en 2018 !

 

DATES-CLÉS : 

  • 1919 : Messieurs Saint-Martin et Langlois reprennent la fabrique de paillettes tenue depuis 1901 par Charles Averseng
  • 1935 : Marcel Langlois s’associe avec Renée Martin, sa belle-sœur : la société prend le nom de Langlois-Martin
  • 1947 : Ils ne sont plus que 10 fabricants de paillettes en France
  • 1961 : Création de la SARL Langlois-Martin
  • 1971 : 10 après la création de la SARL Langlois-Martin, Jean Langlois entre dans la société. 1976 : Langlois-Martin rachète les maisons Henri Rech et Alexandre Lecoq, avant-dernières manufactures de paillettes.
  • 1977 : Pierre et Anne Langlois rejoignent respectivement leur frère et leur père dans l’entreprise.
  • 2001 : Langlois-Martin rachète la société Seler, devenant de ce fait, la dernière fabrique de paillettes de France.
  • 2010 : la société Langlois-Martin est rachetée par la SAS D.Thomas, dirigée par Jean-Baptiste Drachkovitch, ancien brodeur et son associé Pascal Bernard.