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Musiques actuelles : un vrai dynamisme normand


Musiques actuelles : un vrai dynamisme normand

Orelsan, Fakear, Superpoze, Les Lanskies, Concrete Knives, Petit Biscuit, mais aussi Adrien Legrand, MNNQNS, We Hate You Please Die ou encore Oua anou Diara, Philo et les voix du tambour… des artistes rayonnants (ou ayant rayonné) au-delà des frontières normandes aux talents de demain, la Normandie semble inspirer et révéler de nombreux espoirs musicaux. Rencontre avec Jean-Claude Lemenuel, directeur de l’agence musicale régionale Le FAR, dédiée à l’accompagnement et à la ressource dans le domaine des musiques actuelles en Normandie, c’est-à-dire l’ensemble des musiques amplifiées (pop, rock, électro, hip-hop, metal…) mais également la chanson, le jazz et musiques du monde.

Quelles sont les missions du FAR ?

Nous menons un certain nombre d’actions qui se déclinent en deux axes : l’accompagnement et la ressource. Par accompagnement, on entend aussi bien les processus d’accompagnement artistiques divers que la formation et le travail sur l’action culturelle. Notre objectif, c’est que ce travail d’accompagnement soit centré sur le projet de l’artiste ou de la structure. Nous ne sommes pas dans des propositions catalogue. Nous établissons d’abord un diagnostic (dispositif ICE) qui va nous permettre de déterminer les besoins et ainsi apporter des réponses en s’approchant du sur-mesure. Cela représente près de 400 rendez-vous par an, de structures, d’artistes, de collectivités… C’est un vrai choix que de s’attacher aux besoins des artistes ou structures et d’y répondre au plus près parce que ce secteur est très mouvant, il est en évolution constante et les besoins de la filière sont tout aussi mouvants.

Quels dispositifs existent en Normandie pour aider le développement des artistes ?

Nous en portons notamment deux : le dispositif START and GO et les Inouïs du Printemps de Bourges. L’objectif du premier dispositif est de pouvoir accompagner l’émergence, c’est le volet START, à la professionnalisation -le volet GO- jusqu’à un développement au-delà du régional pour certains groupes, via GO+. Le second dispositif, ce sont les Inouïs du Printemps de Bourges, pour lequel le Far est l’antenne régionale (Manche, Orne, Calvados) tout comme Papa’s productions (le Tetris) pour la Seine-Maritime et l’Eure. Nous organisons des auditions, un jury d’écoute effectue une première sélection et les groupes sélectionnés se produisent sur une scène régionale devant un jury national. Cette année, c’est Adrien Legrand qui a été sélectionné à notre échelle, et We Hate You Please Die pour le Tetris. Ces deux lauréats régionaux se sont produits sur la scène des Inouïs du Printemps de Bourges.

Le dispositif START propose aux lauréats (des groupes ou artistes qui ont besoin d’être épaulés dans leur structuration professionnelle) une période en immersion dans un lieu de diffusion ©LE FAR

Et pour les structures ?

Nous avons mis en place un contrat de filière avec la constitution d’un fonds de 258 000 euros émanant de l’Etat, du CNV, de la Région Normandie et de plusieurs départements, ce qui place la Normandie 2ème au niveau national derrière la région Aquitaine, en termes de dotation, pour ce contrat de filière Musiques actuelles.

Ce contrat a beaucoup évolué sur les contenus grâce au travail entrepris par RMAN qui a mené des concertations régionales avec les différents acteurs. A travers ce contrat de filière, plusieurs axes ont été déterminés : le soutien aux structures de développement artistique, le soutien aux radios associatives, qui sont un véritable levier de la scène régionale, afin de leur donner des moyens pour enregistrer, diffuser des live et d’améliorer ainsi la visibilité de la scène régionale. Il y a également un volet soutien de la diffusion en milieu rural, parce qu’il existe des structures, comme le Doc à Saint-Germain-d’Ectot – qui travaille sur les musiques improvisées – ou le TFT, à L’Aigle, qui ont moins de visibilité mais qui participent au maillage territorial, nécessaire à la dynamique du secteur. Enfin, nous sommes aussi une structure ressource, pour tous les acteurs de la filière, via des outils que l’on met en place pour rendre visible la dynamique des musiques actuelles en région. Je pense notamment à la Gazette que nous éditons, que l’on peut retrouver sur notre site internet, et dans plus de 150 points relais en région.

GO et GO+ s’adressent aux groupes en développement de carrière : après examen du jury professionnel, les lauréats obtiennent une aide financière pour leur projet : enregistrement, tournée… pour GO+, les groupes lauréats bénéficient également d’un accompagnement au niveau national. ©LE FAR

Quels sont les projets ?

La nouveauté 2019 dans ce contrat concerne le soutien à la production vidéo/musique, en concertation avec le Pôle Normandie Images, après un constat : nous avons besoin les uns des autres. L’objectif est de soutenir la création des vidéos clips et d’autres éléments comme la captation live en travaillant avec le Pôle Images pour que cela puisse être réalisable. L’autre aspect intéressant, mesurable un peu plus tard, c’est de réussir à mettre en relation des professionnels de l’image avec des musiciens pour de vrais partenariats afin que des équipes puissent se trouver dans leur processus de création. L’idée, c’est de rapprocher les deux secteurs pour améliorer la qualité de la production et enrichir ainsi la dynamique de la filière.

Peut-on parler de vrai dynamisme de la scène locale régionale ?

Depuis ces dix dernières années, il est vrai que la scène régionale a pris une dimension importante en termes de visibilité. Il y a des choses historiques, bien sûr, notamment à Rouen ou au Havre par rapport à la scène rock, très importante. Mais je pense également à d’autres scènes. Le développement sur le territoire d’un festival comme Nordik Impakt a été par exemple un énorme outil de promotion de la scène électro. A l’heure actuelle, on voit l’émergence de nombreux jeunes collectifs électro très importants selon moi parce que ces jeunes collectifs font avec très peu de moyens des choses de très bonne qualité, et sont catalyseurs d’un réseau de publics important. Il y a énormément de groupes qui non seulement ont émergé en région mais ont pu aussi rayonner au-delà des frontières régionales. Les musiques actuelles sont de toute évidence un élément d’attractivité du territoire et c’est un secteur, en termes d’impact sur les publics, qui est très loin devant les autres ! En outre, cette scène apporte une identité musicale rayonnante à la Normandie, à travers des esthétiques musicales diversifiées. Bien sûr, elle est faite de plusieurs esthétiques, mais elle donne des couleurs et des identités musicales. Toute cette dynamique entre les groupes, les festivals, les lieux de diffusion, les collectifs d’artistes… fait que c’est un secteur très bouillonnant, et où tout va très vite. Les projets artistiques, pour qu’ils s’inscrivent dans la durée, doivent être très solides et structurés.

Quelles esthétiques dominent en Normandie ?

Je crois que l’identité de la région n’est pas tellement passée par des artistes chanson, même s’il y a des projets de très grande qualité, je pense actuellement à Ben Herbert Larue ou Adrien Legrand, même s’ils sont tous les deux très différents dans leur approche. Nous avons, bien sûr, une scène indé, pop-rock qui est constante…également dans le domaine du hip-hop des jeunes artistes émergent régulièrement.

Et dans les scènes moins visibles ?

Derrière tout cela, il y a en effet des esthétiques qui sont un peu en arrière-plan. Je pense par exemple aux musiques du monde, qu’elles soient traditionnelles ou de création. Sans doute parce que le secteur est moins structuré, avec moins d’évènements dédiés, et un environnement professionnel peu présent. Par exemple, il y a plein de bookeurs/tourneurs sur la pop ou le rock mais comparativement beaucoup moins en musiques du monde. C’est un secteur qui existe en Normandie mais qui a beaucoup plus de mal à trouver sa place dans le paysage.

L’autre secteur que l’on peut aborder est celui du jazz, qui existe depuis très longtemps en Normandie. Il y a un public, il y a des évènements dédiés mais nous sommes dans une forme de confidentialité, avec un public acquis. Beaucoup d’acteurs de cette esthétique se questionnent aujourd’hui d’ailleurs sur la manière de capter de nouveaux publics.

La 3ème esthétique, de niche, mais sur laquelle il y a un nombre de groupes important, c’est le metal. Cette esthétique, qui est noyée dans les musiques amplifiées dont elle fait partie, bénéficie d’assez peu d’endroits de visibilité, en matière de diffusion, en région, alors qu’il y a un nombre de groupes de bon niveau conséquent. On est plus sur un système do it yourself, mais ça va avec l’esprit… Malgré tout, il y aurait un vrai travail à faire sur cette scène pour la valoriser davantage, notamment en l’associant davantage à des évènements musicaux sur ce territoire.

©LE FAR

D’un point de vue pratique, le FAR – Formation, Accompagnement, Ressources – est la structure dédiée à l’accompagnement et à la ressource dans le domaine des musiques actuelles en Normandie, créée en janvier 2013 sur l’ex Basse-Normandie. A partir de fin 2017, et sur 2018, en conséquence de la fusion et en lien avec l’existence du réseau RMAN (Réseau des Musiques Actuelles en Normandie) situé en Seine-Maritime – et dont les missions principales sont la mise en œuvre de concertations et le développement de coopération entre acteurs musiques actuelles – le FAR a redéfini le périmètre de ses missions initiales s’orientant désormais totalement vers le domaine spécifique des musiques actuelles.