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N’OYE : “On peut être humble mais aussi être fier de ce que l’on peut faire en Normandie”


N’OYE : “On peut être humble mais aussi être fier de ce que l’on peut faire en Normandie”

Rencontre avec Jean-Pierre Boucey, gérant de l’entreprise Normand’Asie Gourmet à Saint-Lô, créée en juillet 2017.

Normand’Asie Gourmet, c’est quoi ?

Nous fabriquons et commercialisons des sauces biphasées de la marque N’OYE, avec trois référencements : la sauce N’OYE gingembre, la sauce N’OYE saté, la sauce N’OYE sésame et piment du Japon. Elles ont toutes été créées par mon épouse Julie, originaire du Laos et dont la marque porte son surnom : N’OYE veut dire « la petite dernière » en laotien et c’est donc la petite sauce qui chamboule vos plats !

Pourquoi avoir créé votre entreprise en Normandie ?

L’idée n’est pas très originale pour le lieu de production – nous fabriquons tout à Saint-Lô dans des bâtiments de la communauté d’agglomération – parce que je suis né à Saint-James, dans la Manche, et que nous avons passé 18 ans avec mon épouse du côté de Granville. Pour moi, Saint-Lô a toujours été une ville extrêmement attractive d’un point de vue agro-alimentaire avec un positionnement qui me semble également stratégique, grâce à l’A84. Nous avons eu une belle écoute des collectivités qui nous ont trouvé des solutions extrêmement facilitantes pour une petite jeune entreprise qui n’a pas de groupe derrière et qui a mis ses deniers personnels dedans.

Quelles ont été les différentes étapes depuis l’inauguration ?

Nous n’avons qu’un an d’existence, puisque les premières bouteilles ne sont sorties que début novembre. Le démarrage, comme tout démarrage, était un peu compliqué parce qu’il fallait se faire connaître… nous avons en face de nous de gros blockbusters que tout le monde connaît. Mais nous avons eu la chance d’être référencés à la grande épicerie de Paris, ce qui nous a permis de nous faire connaître dans le monde de l’épicerie fine. Puis nous avons été référencés par le groupe Casino, via l’enseigne Monoprix qui nous a ouvert des portes au niveau national. C’était une première étape de franchie entre mars et juin. Nous avons également concouru aux Trophées de l’Innovation agroalimentaire dans la catégorie art culinaire et avons obtenu le prix 2019 fin octobre.

Une vraie reconnaissance qui peut vous ouvrir des portes ?

Nous avons eu en effet l’opportunité avec la Région d’être au SIAL, sous la bannière Normandie, grâce à notre Prix, ce qui nous a donné une belle visibilité. Nous avions à cœur de prouver que l’on pouvait concourir pour montrer qu’en Normandie on peut faire des choses différenciantes. Les gens qui connaissent notre marque savent que nous sommes différenciant à la fois du marché des sauces comme celui des produits normands. C’est une reconnaissance énorme pour nous et surtout du travail de Julie qui est à la création des sauces ; N’OYE est né dans notre petite cuisine, les gens repartaient avec les sauces sous le bras depuis 10 ans, avant qu’on ose se dire « mais pourquoi pas nous ? ». Je pense qu’il faut savoir aussi être fier de ce que l’on fait. On peut être humble mais aussi être fier de ce que l’on peut faire en Normandie.

Quels sont vos projets ?

Nous avons créé trois emplois, et renforcé la production pour que je puisse aller sur des évènements comme les Journées de l’International organisées par la CCI en décembre. Mon épouse Julie travaille beaucoup avec les chefs. Il y aura d’ailleurs une petite surprise en début d’année prochaine… quelqu’un va nous rejoindre, quelqu’un qui va encore plus légitimer la marque. Nous allons continuer à présenter notre marque dans le monde des restaurateurs qui potentiellement, demain, pourraient utiliser N’OYE dans leurs restaurants.

Et à l’export ?

Il y a une vraie synergie d’export que nous sentons, nous, jeunes entreprises. Il y a des dispositifs qui sont extrêmement attractifs et beaucoup de compétences. Ils ont, – la CCI international, Business France, Ad Normandie-, modifié leur approche en proposant un portail unique d’entrée, via l’accélérateur Xport. Il y a aussi des possibilités d’aides financières, avec des tickets modérateurs, via la BPI. Je crois que plus de 70% des exportations aujourd’hui sont faites par des PME. Nous sommes une TPE (Très petite entreprise) mais cela veut dire tout de même que c’est possible. Après il y a le possible, le raisonnable, le temps, la stratégie… tout cela se construit. Nous avons eu des opportunités grâce au SIAL – avec l’Espagne, peut-être la Scandinavie – et d’autres marchés possibles qu’il va falloir explorer. Quand vous faites autre chose et que vous entrez dans un monde qui n’est pas le vôtre, c’est que vous apprenez et que vous êtes capable de digérer tout cela. On va donc continuer à apprendre.

Quels sont les freins à l’export pour une jeune entreprise ?

Il faut mesurer ce qu’est N’OYE aujourd’hui : un produit certes premium, qui a un prix, qui est distribué dans des magasins où la qualité des produits au juste prix est mise en avant. Nous avons des produits frais, nous épluchons tout, nous proposons une sauce biphasée qui n’a rien à voir avec une sauce classique. Le monde est tellement vaste qu’il y a forcément des possibilités pour que l’entreprise puisse vendre et au juste prix. Il faut être dans la réalité du quotidien et prendre le temps. Ce que l’on sait, c’est que les Normands qui ont acheté notre produit l’apprécient, on ne voit pas pourquoi il ne plairait pas ailleurs. Après tout, nous sommes une région de gastronomie, et connue pour… alors voyageons !