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« On Va Semer » : de l’ordinateur à la brouette, le parcours étonnant de Delphine Breuil


« On Va Semer » : de l’ordinateur à la brouette, le parcours étonnant de Delphine Breuil

Après de longues années dans le secteur transport et logistique, Delphine Breuil a créé, début 2018, son entreprise On va Semer  sur le territoire normand. L’ambition ? Convertir les espaces urbains disponibles en espaces fertiles et conviviaux à travers des potagers collaboratifs dans les entreprises et collectivités. Une initiative citoyenne récompensée cette année par le Prix Sorop Envie d’Entreprendre 2019, remis le 8 mars lors de Normandes en Tête, à Deauville.

Découvrir le monde : une parenthèse

A seulement 33 ans, la Rouennaise Delphine Breuil a déjà un parcours plutôt original. Après deux ans en alternance chez Challenge International – un organisateur de transport situé au Havre – effectué dans le cadre d’une licence gestion commerciale option marketing à NEOMA, puis un an en contrat, la jeune femme s’envole pour Dublin pendant trois ans. L’objectif ? Pratiquer l’anglais et découvrir la vie d’expatriée. « J’ai trouvé un travail chez Xerox, au siège social européen, où je gérais notamment les parcs informatiques de grands comptes. »

« J’avais envie d’aider les autres et de découvrir le monde »

Débordante d’idées et ouverte sur le monde, son envie de voyage et des autres la conduit, en 2009, à créer avec son compagnon « En Piste Pour le Monde », une association humanitaire pour aider les populations indigènes. Mexique, Amérique Latine, Nouvelle-Zélande, Australie, Afrique du sud… « Nous sommes partis pendant 8 mois, à la rencontre des populations locales avec des fonds pour les aider en fonction de leurs besoins : pour des projets liés à l’éducation, à l’électricité, contre le racisme… ». Une initiative récompensée en 2009 par le concours Envie d’Agir.

Retour au quotidien : nouvelle formation et prise de conscience

Forte de cette expérience – elle s’est notamment chargée de la rédaction du dossier de partenariat, du site internet, de la charge graphique et des relations presse liés au projet – Delphine retourne au Havre chez son premier employeur, Challenge International, cette fois, en qualité de chargée de communication/marketing. « Cela n’existait pas, c’était un poste à créer, à imaginer» Attentive au bien-faire, elle propose d’assurer cette fonction en alternance. Dont acte, direction l’AFI, l’école d’imprimerie de Mont-Saint-Aignan pour se former aux supports graphiques. « L’école forme notamment les opérateurs pré-presse. Ce qui me plaisait, c’était d’apprendre Photoshop, InDesign, Illustrator… et de travailler à proximité des imprimantes, que j’avais découvert avec Xerox. » Au fil du temps, le poste prend de l’ampleur : Delphine est responsable marketing et communication de l’entreprise.

« Un jour, j’ai réalisé que je n’étais pas en cohérence avec mes valeurs, j’ai eu un déclic écologique »

Mais le secteur logistique a ses impondérables… et implique des impacts multiples sur l’environnement, en termes de kilomètres, de marchandises… « Je n’étais pas très à l’aise avec l’idée de transporter des produits pas très vertueux…cela a été un véritable clash mental ». Déterminée à participer à un monde plus durable, elle expérimente un premier atelier de fabrication de produits d’entretien maison sur la pause déjeuner. « L’idée était de profiter de ce moment pour faire quelque chose d’original… le temps du midi est propice à ce retour aux sources » explique la jeune femme. Trois ateliers plus tard, le succès de ce « bien-être en entreprise » conduit Delphine, par ailleurs secrétaire du Comité d’entreprise, à se pencher sur l’utilisation du jardin. « Mon idée était de créer un potager d’entreprise pour que l’on jardine ensemble le midi… » Troquer son sandwich pour un moment collectif : une bonne idée actée par la direction. Mais les acteurs offrant ce type de prestations sont rares… « J’ai donc fait ma propre étude de marché sur mon temps personnel et j’ai voulu le créer pour le territoire. »

Nouvelle vie pour des valeurs durables

Deux ans plus tard, avec le soutien de sa famille – elle est maman de deux enfants – Delphine franchit le pas : après une rupture conventionnelle, elle se dirige pour un an vers le CFPPA d’Yvetot, un lycée agricole pour un brevet professionnel responsable d’exploitation agricole, option maraîchage bio. « Parallèlement, je continuais à travailler sur mon projet professionnel. Un challenge en adéquation avec ma vie quotidienne : depuis plusieurs années, je m’étais orientée vers un mode de vie plus sain, pour tendre vers le zéro déchet, une alimentation de saison, sans pesticides. » Aidée par l’association havraise « Positive Planet » qui l’accompagne dans son projet d’installation, Delphine enregistre sa micro-entreprise « On Va Semer » le 5 janvier 2018. Son idée ? Mettre en place des potagers collectifs et collaboratifs : « ma première cible était les entreprises mais progressivement, plusieurs collectivités, intéressées, m’ont contactée » se réjouit l’entrepreneure.

« Ce qui me plairait, c’est de travailler à l’échelle des collectivités et proposer une expertise d’agriculture urbaine »

Services jeunesse, EHPAD, ESAT, entreprises… Delphine installe, lorsque c’est possible, le potager avec les personnes et anime des ateliers participatifs réguliers, sur un instant, sur une saison ou sur mesure. « Je ramène des livres de jardinage, on échange des trucs et astuces, on déguste les produits… ces ateliers sont libres. L’intérêt, c’est aussi le contact humain, donner des clés, faire prendre conscience parce qu’un potager collectif, c’est potentiellement 10 à 20 potagers individuels… » S’il y a trois ans, il n’y avait rien dans ce domaine, aujourd’hui, des initiatives similaires fleurissent sur le territoire. L’occasion de travailler en bonne intelligence : « il faut rester cohérent avec la démarche… et faire travailler d’autres acteurs plus près pour éviter les kilomètres ! » Saison oblige, Delphine consacre les mois hivernaux à la comptabilité, l’administratif et la préparation de certains terrains pour ses clients. Depuis peu, elle travaille également sur une étude de faisabilité dans le cadre d’un aménagement en agriculture urbaine… un nouveau pan de son activité qui lui plaît beaucoup, et correspond à ses valeurs : « il y a du potentiel, c’est créateur d’emplois, de biodiversité et d’attractivité ! »

En proposant le prix « Sorop Envie d’entreprendre », le club de Deauville-Trouville (Soroptimist International Union Française) vise deux des objectifs phares du Soroptimist International : soutenir les femmes dans leur démarche d’indépendance économique et aider les femmes et les filles à devenir des futurs leaders. Ce prix est proposé aux femmes cheffes d’entreprise en Normandie ayant démarré leur activité depuis moins de deux années.