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Prix Liberté : prise de conscience et engagement des jeunes de Normandie et du monde


Prix Liberté : prise de conscience et engagement des jeunes de Normandie et du monde

Lancé lors du Forum mondial Normandie pour la Paix l’année dernière, le Prix Liberté organisé par la Région et l’Institut international des droits de l’Homme et de la paix, vient de franchir sa seconde étape, avec près de 113 dossiers issus du monde entier, présentant un candidat (personne ou association) engagé dans un combat en faveur de la liberté.

En Normandie, 88 dossiers issus des 5 départements ont mis en avant associations, célébrités ou anonymes, normands ou de tous les continents, connus ou méconnus. En jeu ? une bourse de 25000 euros remise au lauréat le 5 juin prochain pour poursuivre son action.

Pédagogie et compétences

Secondes, BTS, Premières… issus de CFA, de lycées ou d’établissements professionnels, en constituant leurs dossiers, beaucoup ont approfondi, voire découvert, tout ce que recouvre la notion de liberté et les valeurs des droits de l’Homme. « La première étape, cela a été d’introduire le sujet avec ce que représentait la liberté pour eux. Certains pensaient que les jeunes du monde vivaient comme eux en Normandie » explique Gaëlle Raulin, formatrice à la MFR de Neufchâtel-en-Bray, qui a intégré le Prix Liberté dans le programme d’éducation socio-culturelle de seconde. Dans cet établissement qui prépare au bac pro Conduite et Gestion du secteur canin et félin, 6 groupes de 5 jeunes se sont investis dans un véritable travail de recherche documentaire. Un travail en équipe – un des critères pour soumettre un dossier – qui leur a permis d’appréhender une notion très large. « Beaucoup étaient stupéfaits : à 15 ans, on n’est pas souvent au fait de l’actualité internationale. » 

Ils sont tombés des nues, ils se sont vus s’ils étaient nés dans un autre pays

Au lycée Millet de Cherbourg, le Prix Liberté s’est intégré naturellement dans l’EMC (enseignement moral et civique) et l’EMI (éducation aux métiers de l’information), au programme de seconde. 69 élèves, deux classes, se sont répartis par deux ou trois pour travailler sur le sujet, et présenter, mi-janvier, 22 dossiers. « La marche entre la 3ème et la seconde est parfois compliquée : cela leur a permis d’aborder des techniques d’argumentation, de construire un esprit critique, de la rigueur… des compétences difficiles mais essentielles pour leur avenir » note, enthousiaste, Laurence Bohec, professeur d’histoire-géographie. « Cela a créé un lien entre les élèves et avec nous, au-delà du cours. »

©IFA Rouen

Des combats du monde… et du quotidien

Droits des femmes, des enfants, liberté d’expression, d’opinion, dignité de la personne… les combats sont divers et révélateurs des aspirations de la jeunesse normande. A l’IFA Marcel Sauvage de Mont-Saint-Aignan, les trois classes de BTS, soit 75 élèves, ont fait le choix de la proximité. « Ils souhaitaient vraiment rencontrer les acteurs, comprendre les difficultés » explique Béatrice Foloppe, leur monitrice. « Pour certains, il ne fallait pas travailler sur des associations trop connues, mais se concentrer sur celles qui ont besoin de mise en lumière. » SOS Homophobie – les élèves ont été marqués par l’agression survenue à Rouen en septembre dernier –, association l’Essor, qui favorise la liberté et l’insertion des jeunes handicapés ; « Un rêve pour Arthur », qui souffre d’une maladie génétique rare… « Une classe entière a décidé de travailler sur Féminité sans Abri, qui œuvre pour la liberté des femmes en situation de précarité en livrant des produits de première nécessité tandis qu’une autre a travaillé sur Majk Solidarité, qui sert des plats chauds, place Saint-Marc à Rouen tous les dimanches soir… »

Nous avons eu Agata en Facetime, ce fut un très beau moment, et Léa, qui avait travaillé sur son dossier, était en larmes de joie… unique dans ma carrière ! 

Amnesty International, Asli Erdogan, la militante pakistanaise Malala Yousafzail, association Refuges, Syria Charity, Agata Czarnacka, militante polonaise pour le droit à l’IVG… des combats forts et nombreux à travers le monde se sont également révélés aux jeunes. A Rouen, les 31 élèves de première S du lycée Flaubert, ont trouvé leurs candidats en partant de pays ou de thèmes qui les touchaient. « Ils ont découvert que la liberté, ce n’était pas quelque chose d’acquis ni d’évident » souligne Camille Lamy, leur professeur d’histoire-géographie. Même ressenti pour Gaëlle Raulin ; parmi tous les travaux aboutis, la classe n’a retenu qu’un dossier : « le groupe choisi m’a épatée : ils ont travaillé sur l’association Voix de Femmes, qui œuvre notamment contre le mariage forcé. Elles ont fait ce choix, parce que ce sont des jeunes filles, et qu’elles se sont mises à leur place… »

©IFA Rouen

Une prise de conscience pérenne

Proches ou éloignés, ces combats ont tous eu un écho auprès des jeunes participants. Et au-delà de la recherche ou la récompense, le Prix Liberté a surtout donné un sens. Même si leurs candidats ne sont pas retenus – un jury international composé de jeunes, déterminent trois finalistes début février – les différentes causes pour la liberté ont supplanté l’envie de gagner initiale. « Ils ont un œil plus réfléchi, un regard désormais plus attentif » soutient Camille Lamy. « C’est une vraie prise de conscience, un réel investissement » renchérit Laurence Bohec, qui a vu l’implication manifeste de ses élèves durant la préparation des dossiers, à Noël, et prépare déjà la suite : « l’Institut des droits de l’Homme et de la paix viendra nous rendre visite en mars et si le temps le permet, je demanderai aux élèves de présenter leur dossier en fin d’année sous forme de plaidoiries, une manière aussi de préparer au grand oral du bac… »

 Le Prix Liberté a été le lancement : cela continue, je suis très fière d’eux pour ça ! 

Désormais, place à l’étape suivante : à l’annonce des trois finalistes retenus par le jury international, le vote en ligne s’ouvrira du 1er au 31 mars prochain à tous les jeunes de France et de Navarre pour déterminer le ou la lauréate, qui recevra le Prix dans le cadre du Forum mondial Normandie pour la Paix le 5 juin prochain. « La plupart m’ont dit qu’ils sortaient différents de cette expérience » se réjouit Béatrice Foloppe. Ses élèves de BTS se sont d’ailleurs engagés à continuer pendant deux ans leurs actions. Collecte d’argent au sein de l’établissement, distribution de repas…les idées pleuvent pour pérenniser l’action. « La plupart d’entre eux se relaient par exemple pour distribuer des repas le dimanche soir. Pour eux, la liberté, les droits de l’homme, c’est un combat quotidien. » 

Une classe de l’IFA Marcel Sauvage de Rouen (©IFARouen)

Chiffres clés : 

113 dossiers reçus dont :

  • 13 dossiers internationaux : Mauritanie (2), Jersey, Pakistan, Burkina Faso, Palestine, USA – Kentucky, USA – Ohio (2), Canada – Manitoba, Colombie, Nigéria et 1 dossier Franco-Allemand (à noter que le Pakistan et le Nigéria ne figuraient pas directement dans les réseaux sollicités) ;
  • 12 dossiers nationaux : Côtes-D’Armor, Landes, Sarthe (9) et 1 dossier Calvados/Paris ;
  • Et 88 dossiers normands, issus des cinq départements

Jusqu’au 31 mars, tous les jeunes de 15 à 25 ans sont invités à voter pour l’une des trois personnalités et son combat qui ont été sélectionnés, parmi les 113 propositions par le jury international composé de 30 jeunes (originaires de 12 pays), réuni les 8 et 9 février dernier.

Ces trois « finalistes » sont :

  • Greta THUNBERG, lycéenne suédoise âgée de 16 ans, pour son combat contre l’inaction des Chefs d’Etats et du manque de prise de conscience concernant l’urgence climatique. Considérant qu’aucune liberté n’est possible sur une planète dont l’existence même serait menacée, elle manque l’école tous les vendredis pour aller manifester devant le Parlement de Stockhlom.
  • Raif BADAWI, blogueur saoudien âgé de 35 ans, pour son combat en faveur de l’égalité « homme-femme », la liberté de conscience et d’expression. Accusé par les autorités saoudienne d’avoir insulté l’Islam, il a été condamné en 2014 à 10 ans de prison et à recevoir 1 000 coups de fouet. Il a subi une première séance de 50 coups de fouet en public avant que l’application de cette sentence soit suspendue. Il est toujours emprisonné.
  • Lu GUANG, photojournaliste chinois âgé de 58 ans, pour son combat dénonçant la destruction de l’environnement par le développement industriel et la croissance à tout prix voulue par le gouvernement chinois. Il a disparu le 3 novembre 2018 dans la province à majorité musulmane du Xinjang, dans le nord-ouest de la Chine. Après avoir été informés que Lu Guang avait été arrêté par la police chinoise début décembre, ses proches sont depuis sans nouvelles de lui.

Pour voter, c’est ici ! https://www.normandie.fr/vote-et-remise-du-prix-vote-and-awarding-prize