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Réhahn : le Vietnam sensible


Réhahn : le Vietnam sensible

 

Photographie d’ethnies au Vietnam © Réhahn photographie

S’il fallait choisir quelque adjectif pour définir la personnalité de Réhahn, le talent et la générosité sembleraient tout indiqués. A 38 ans, le Bayeusain d’origine recueille en clichés les sourires du monde, – régulièrement distingués dans la presse internationale – et vient d’ouvrir un musée gratuit à Hoi An, au Vietnam, où il vit depuis 2011. Portrait d’un autodidacte Normand déterminé à valoriser la culture de son pays d’adoption, et lauréat du public dans le cadre des Trophées des Français de l’étranger 2018.

Entrepreneur et créatif

Né à Bayeux le 4 mai 1979, Réhahn affirme très tôt son indépendance. Bac en poche, loquace et convaincant, il commence un BTS force de vente. « Mais j’avais envie de travailler. C’était compliqué pour moi à l’époque de gérer mes études et le travail »se souvient Réhahn. A seulement vingt ans, il créé son entreprise et propose des encarts publicitaires, flyers, et autres cartes de visite aux professionnels de la région. Créatif, le jeune homme lance également le Noctambule.com : soirées, concerts, sorties cinéma… ce magazine culturel de référence conquiert la jeunesse normande, avide de rendez-vous nocturnes.

J’aime le portrait, mais je ne trouvais pas l’inspiration : en France, c’est difficile

Très vite, il rachète des parts de l’imprimerie Renouvin de Villedieu-les-Poêles avec laquelle il sous-traite, et devient directeur commercial. C’est là que, certains soirs, il découvre l’univers de la photographie. « Je restais avec le graphiste quand il retouchait ses photos. J’ai fini par acheter un appareil. » Mais attiré par les portraits, le Normand se heurte à la timidité française. En parallèle de son activité à l’imprimerie, il devient l’agent d’une DJ : « C’est comme cela que j’ai commencé à voyager : je lui trouvais des dates dans le monde et je l’accompagnais » confie Réhahn. Cette expérience lui donne très vite le goût d’en voir plus, mais seul.

Photographe et baroudeur

Ses parts revendues, c’est sac au dos et appareil photo en bandoulière qu’il traverse une trentaine de pays avant de tomber sous le charme du Viêtnam.  « La première fois, j’y suis allé grâce à une association humanitaire pour rencontrer une petite fille que je parrainais, Ti. Elle vivait à Hoi An. Je suis tombé amoureux de cette ville-là. »Ville au charme ancien comme Honfleur, et touristique « comme un Deauville douze mois dans l’année », Hoi An attire près de 3 millions de visiteurs par an.


Réhahn avec des enfants vietnamiens © Réhahn photographie

Hoi An, c’est comme Deauville ou Honfleur mais douze mois dans l’année

Conquis, il y revient tous les ans avec Céline, sa femme. Pour Ti mais aussi sa grande sœur Ni, qu’il parraine également. « Ces deux petites filles avaient perdu leur papa, et leur maman était rarement là. Aujourd’hui, elles sont sorties du programme, et font partie de notre famille. » En 2011, le couple s’installe définitivement dans l’ancienne ville portuaire. « En amateur », le Normand décide d’aller à la rencontre des 54 ethnies de son pays d’adoption. De fil en photos, son impressionnante collection le conduit à publier un premier ouvrage en 2014, Vietnam, Mosaic of Contrasts, en anglais et français, vendu à plus de 7000 exemplaires dans le monde.

Sensible et généreux

« Tout au long de mes expéditions, j’ai découvert la richesse culturelle du pays et j’ai décidé de préparer l’ouverture d’un musée entièrement dédié aux ethnies » explique Réhahn qui gagne peu à peu en notoriété. Lauréat d’un concours, le Los Angeles Times lui consacre un article. « Parmi les clichés qui retiennent leur attention, il y avait celui d’une petite mamie de Hoi An, Madame Xong, qu’ils ont qualifiée de plus belle femme du Viet Nam » explique le photographe dans un sourire. L’effet est immédiat, les médias nationaux s’emparent du sujet. « Je me suis retrouvé sur toutes les télés et les journaux vietnamiens ! » Depuis 7 ans, à moto, parfois accompagné de journalistes, Réhahn franchit les zones frontalières interdites, à la recherche de ces villages cachés dans les montagnes.

La seule façon de préserver leur culture, c’est de la valoriser à l’extérieur de leur communauté, de les rendre fiers.

Aujourd’hui, il a déjà pu mettre en valeur la culture de 49 minorités. Sa fierté ? « Je suis l’un des seuls étrangers au monde à avoir pu les rencontrer. » Après l’engouement que suscite son exposition à la Foire Internationale de Caen dont il est l’invité d’honneur en 2016, il franchit le pas et ouvre son musée en janvier 2017, à Hoi-An.
Baptisé « Precious Heritage », ce musée-galerie de 500m2 est entièrement gratuit : il le finance grâce à la vente de ses livres et photographies. En français, anglais et vietnamien, il rassemble portraits, costumes, sons et parfums collectés tout au long de son périple : « je l’ai fait avec le cœur, comme un carnet de voyage, pour offrir aux visiteurs, touristes, écoles et locaux, une introduction à la diversité culturelle du pays, à ses racines ethniques qui disparaissent peu à peu » affirme ce passionné qui déborde de projets. Le prochain en date ? Financer un nouveau musée sur les Co Tu, l’une des 54 ethnies, à 2 h de Hoi An. « Il sera également gratuit, pas forcément touristique, mais plutôt pour les nouvelles générations, un lieu de conservation de leur culture, leur histoire, et leurs croyances. »


Musée-galerie de Réhahn à Hoi An © Réhahn photographie

Amateur plus qu’éclairé, Réhahn vend aujourd’hui ses photos et articles à de grands magazines. National Geographic, Géo Magazine, BBC, CNN, Condé Nast Traveller… En juin 2016, un reportage de 15 minutes dans l’émission Echappées Belles – qui fait 1 million de spectateurs – le révèle au public français. Quelques mois plus tard, il est l’invité d’honneur de la Foire Internationale de Caen.

S’il n’est pas revenu depuis deux ans en Normandie, il est présent depuis le 13 mars en France grâce aux Trophées des Français de l’étranger organisé par LePetitJournal.com : lauréat de la catégorie « Prix du Public », le talentueux et généreux Normand s’est distingué parmi 8 autres Français aux parcours exceptionnels !


RÉHAHN EN BREF :

  • Né en 1979 à Bayeux, Réhahn, photographe, vit au Vietnam, depuis 2011. Il réside à Hoi An, avec sa femme et ses deux enfants, et aux côtés de Ti, 17 ans et Ni, 23 ans, deux sœurs qu’il parrainait, petites.
  • Il a ouvert en janvier 2017 un musée entièrement gratuit sur les ethnies de son pays d’adoption, qu’il finance grâce à la vente de ses photographies et de ses livres
  • Un musée innovant, fait avec le cœur, qui retrace ses différents échanges avec les chefs de 49 ethnies, sur 54
  • Il a le projet d’ouvrir un musée gratuit dans la campagne vietnamienne, dédié spécialement aux Co Tu, l’une des ethnies, pour préserver leur culture.
  • 30 000 dollars : c’est le coût de la photographie la plus chère de Réhahn achetée cette année par un amateur Australien
  • 100 personnes en moyenne visitent son musée chaque jour, encensé dans le Lonely Planet, le Routard et classé n°1 sur Trip Advisor
  • 15% de la population vietnamienne sont issus des 54 ethnies officiellement recensées
  • Il est le lauréat 2018 du Prix du public décerné dans le cadre des Trophées des Français de l’étranger, organisé par Lepetitjournal.com