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Scholastique Mukasonga : “75 années se sont écoulées, mais les blessures, elles, sont toujours présentes.”


Scholastique Mukasonga : “75 années se sont écoulées, mais les blessures, elles, sont toujours présentes.”

© copyright Photo Jean Yves Desfoux

Trois grandes conférences, une trentaine de débats thématiques, des conférences plénières, la remise du Prix Liberté… les 4 et 5 juin, la Région organise le Forum mondial Normandie pour la Paix, à Caen. Cette deuxième édition, qui met à l’honneur la Colombie, sera ponctuée de plusieurs temps forts. Pendant deux jours, des experts, des représentants de gouvernements, du monde académique et de la société civile analyseront les acteurs et les processus qui permettent de construire une paix durable. Ces rencontres ouvertes au public seront rythmées par des débats et des conférences consacrés notamment à la jeunesse ou encore au dialogue entre les peuples.

Dans ce cadre, l’écrivaine rwandaise Scholastique Mukasonga interviendra le 4 juin prochain lors de la soirée grand public “Littérature et paix”, organisée en partenariat avec Normandie Livre et Lecture, aux côtés des écrivains Erik Orsenna, Jean Hatzfeld, et modérée par Gérard Meudal.

Rencontre avec une Normande de cœur engagée pour la paix !

Quel est votre lien avec la Normandie ? Depuis quand et comment avez-vous découvert la Normandie ?

Je connais la Normandie depuis les années 1980. En tant qu’assistante sociale, j’ai sillonné la Basse-Normandie dans tous les sens, je crois avoir touché la Normandie profonde. J’ai toujours et partout été accueillie en vraie professionnelle. Au fond, je n’étais pas dépaysée : les paysages des vertes collines, les vaches, combien plus plantureuses que les rwandaises aux belles cornes, tout cela n’était pas si éloigné de mon pays natal. Il est vrai que les pommiers remplaçaient les bananiers, oui, je peux le dire, je suis devenue une vraie Normande. Et quand au retour d’un de mes périples littéraires qui m’a amenée aux USA, au Brésil, en Afrique, la voiture file sur l’A13, je ne peux que murmurer à l’étonnement de certains : “je rentre chez moi !”, même émotion que lorsque l’avion amorce sa descente sur Kigali.

En quoi est-ce important pour vous de participer au Forum mondial Normandie pour la Paix organisé par la Région ?

Bien sûr, on ne peut souhaiter que la paix et soutenir les manifestations qui d’une manière ou d’une autre peuvent y contribuer… Mais l’écume des guerres et des misères du monde atteint aussi les rivages paisibles de la Normandie. Je pense en écrivant cela à ces jeunes soudanais, érythréens, somali… qui errent et dorment, aux yeux de tout le monde, sur les quais du port de Ouistreham. Sont-ils invisibles à ceux qui viennent pour un week-end sur cette jolie plage ? Je ne peux contenir mon indignation et que constater tristement mon impuissance quand je longe le mur de barbelés qui défigure la plage de Riva Bella. Quel est ce monde qui croit vivre éternellement en paix derrière ses murailles et ses haies de barbelés ? Je regarde s’éloigner au large le ferry emporter avec lui les espérances sans doute illusoires de mes frères africains.

Quelle légitimité la Normandie a-t-elle dans l’organisation d’un tel événement ?

La légitimité de la Normandie à organiser un tel événement pour la paix ne peut faire de doute. 75 années se sont écoulées, mais les blessures, elles, sont toujours présentes. Combien de fois ai-je entendu des anciens que je visitais les récits de ce qu’ils ont souffert. Que cette mémoire ne s’éteigne pas ! Les lieux de Mémoire jalonnent la terre normande et les cimetières de ceux qui sont tombés pour la liberté offrent autant de sanctuaires pour réfléchir au passé et fournir des leçons pour l’avenir. C’est auprès de ces tombes que j’ai écrit mon premier livre : j’aurai voulu y faire une place pour les miens qui n’auront jamais de tombeaux.

Plus d’infos et inscriptions ici ! https://normandiepourlapaix.fr/inscriptions

Pour ouvrir symboliquement cette programmation, un match international de football est organisé le dimanche 2 juin à 17h, au stade Henry Jeanne à Bayeux. Il réunira 24 joueurs et encadrants du Club de la Paz DC de Colombie – d’anciennes victimes du conflit colombien et anciens guérilleros FARC en réinsertion – ainsi qu’une équipe constituée de joueurs amateurs de clubs normands évoluant en National 3 ou Régional 1. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de la préparation de la phase finale de la Coupe des Régions de l’UEFA, du 18 au 26 juin 2019 en Bavière, dans laquelle l’équipe normande est engagée.

Pratique : 15h30 : Ouverture au public – Entrée gratuite